pistes de réflexion

Lundi 7 avril 2008

L'article du 3 avril consacré à l'appel des économistes a permis d'engager un débat intéressant. Deux des signataires de ce texte ont bien voulu me répondre, et je les en remercie vivement.


Voici le texte de la réponse de Frédéric Lordon.

"L'appel des économistes illustrent malheureusement le manque d'audace
politique de ceux qui se sont montrés, depuis un quart de siècle, trop
sensibles à la dérive droitière et libérale de la société" dites vous.
Votre message illustre surtout -- et c'est tant mieux car ça rend le problème très petit -- que vous ne connaissez pas les travaux, les propositions des signataires et que vous méconnaissez les contraintes qui pèsent sur la rédaction d'un texte de pétition.

1. Des idées, telles que celles que vous appelez de vos voeux, nous en avons, nous les avons exprimées depuis un certain temps -- pour ma part depuis un an déjà, j'ai proposé un mécanisme appelé SLAM pour limiter la rémunération des actionnaires et leur ôter toute incitation à la surexploitation indéfinie des salariés.

2. Mais ça n'est pas avec des idées "techniques" qu'on fait une pétition ouverte au plus grand nombre sauf si on souhaite rester entre économistes -- ce qui n'est pas bien malin. Il nous fallait donc un objectif plus général et précis en même temps. D'où l'art 56

3. Personne d'entre nous n'a jamais dit que l'art.56 abrogé, tout était terminé. Nous considérons cette abrogation comme le PRELABLE au déploiement de toutes nos autres propositions -- que nous tenons à votre disposition (vous pouvez aller lire certains des textes mis en ligne sur le site qui vous montrerons que nous nous efforçons de penser un peu au delà de l'art 56...). cette pétition n'est donc qu'un coup joué dans l'opinion publique pour LANCER LE DEBAT et non pour le clore !!
Bien à vous
Frédéric Lordon

réponse à Frédéric Lordon :
1 Je me suis intéressé à la proposition de SLAM et j'en débattrai volontiers ultérieurement, mais il me semble qu'elle n'a pas été formulée pour répondre à la question de la crise financière. Je ne vois pas en quoi cette proposition entrerait en contradiction avec la revendication de la nationalisation-européanisation des banques.


2 Vous affirmez que ce n'est pas avec des questions techniques qu'on fait une pétition ouverte au plus grand nombre.Il me semble que deux articles d'un traité, dont un relatif à une question aussi complexe que celle de la liberté de circulation des capitaux, constituent bien un sujet technique. Le choix d'un tel thème de campagne me semble d'ailleurs poser un problème stratégique.Alors que le pouvoir sarkoziste est en difficulté sur bien des points, vous choisissez d'attaquer sur le terrain du traité de Lisbonne, qui est l'un des rares où il vient de remporter un succès en nous infligeant une défaite ! Il me semblerait nettement plus habile de ne pas se placer sur un terrain choisi par l'adversaire et , sur la forme (mais ça compte) de cesser de simplement s'opposer, d'être seulement « « contre » ». Il faut faire porter le débat publique sur une question qui mette l'adversaire en difficulté. Je crois que la proposition de nationaliser-européaniser les banques se prêterait très bien à une pétition populaire.


3 « Personne d'entre nous n'a jamais dit que l'art.56 abrogé, tout était terminé. » Je n'ai pas écrit cela, j'ai seulement posé la question, qui vient immédiatement à l'esprit, de savoir si la situation qui préexistait à la ratification du traité de Lisbonne était préférable à celle qu'il a créée. En fait, l'article 56 n'a rien changé : la libre circulation des capitaux était déjà la règle en vigeur depuis l'adoption de l'Acte Unique et du traité de Maastrichtdont l'appel ne parle pas. L'abrogation de l'artcle 56 n'aurait aucun effet juridique!


Texte de la réponse de Geneviève Azam :
>Cette pétition n'est pas une analyse globale de la crise du capitalisme. On
>peut discuter de l'utilité et de l'efficacité d'une pétition en la matière,
>qui sera forcément réductrice. Nous l'avons conçue comme une possibilité de
>lancer un débat public sur le sujet de la crise financière. Il n'y a rien
>non plus sur la crise écologique ....et pourtant !
>Mais il est vrai, comme vous le dites, que remettre en cause ces articles
>remet en cause l'édifice de la construction européenne.
>Et je ne crois pas qu'exproprier la classe dominante puisse faire l'objet
>d'une pétition, il faudra un autre rapport de force, qui reste à
>construire... modestement cette pétition voudrait y contribuer,
>Cordialement,
>Geneviève Azam

réponse à Geneviève Azam:

Je comprends bien qu'une analyse globale du capitalisme n'a pas sa place dans une pétition, mais ce n'est pas l'objet de mes remarques ! Si la pétition vise à « lancer un débat », elle porte sur un sujet, le traité de Lisbonne, qui a été très débattu ces dernier temps (voir la réponse à F. Lordon) avec les conséquence que l'on sait. Après le succès du « « non » » au projet de traité constitutionnel européen, le rejet de l'Europe est largement partagé dans l'opinion. Il faut donc passer à l'étape suivante : ne plus seulement se placer sur le terrain choisi par nos adversaires et apparaître comme de simples opposants « nonistes », mais proposer des solutions aux problèmes les plus urgents.

Je constate avec regret que ni F. Lordon ni G. Azam ne donne leur avis sur la revendication de la nationalisation-européanisation des banques.


Ils ne répondent pas davantage sur les nombreux problèmes qui se poseraient à un gouvernement qui voudrait contrôler les mouvements de capitaux sans nationaliser les banques. Dans une zone monétaire unifiée, on peut faire confiance à l'habilité des banquiers et des patrons pour contourner toutes mesures qui seraient prises en ce sens, et qui supposeraient d'ailleurs la mise en place d'un système de police financière particulièrement développé et donc coûteux et bureaucratique. Le seul moyen efficace de contrôler les mouvements de capitaux est de prendre le contrôle direct des banques et de placer à leur tête des dirigeants chargés de mettre en oeuvre une politique nationale et européenne définie démocratiquement.

 

Je maintiens qu'il est essentiel, pour contrebalancer l'idéologie dominante, de faire porter le débat sur des propositions remettant clairement en cause la propriété capitaliste. La réalisation d'un tel objectif nécessite évidemment un rapport de force bien différent de celui d'aujourd'hui, mais nous avons devant nous une opportunité historique. Avec la crise des marchés financiers, c'est le coeur même du capitalisme sous sa forme actuelle qui en devient le point faible. C'est donc là qu'il faut attaquer. La nationalisation de Northern Rock, les prises de participation de fonds souverains, donc d'états, dans le capital de certaines banques américaines, les appels nombreux à une intervention de la puissance publique et les interventions massives des banques centrales rendent crédible la revendication de la transformation du système bancaire en un service public européen. Il est facile de faire le lien entre l'activité bancaire et celle des entreprises, d'expliquer comment des banques au service du monde du travail pourrait rapidemment financer à un coût raisonnable les investissements et donc les créations d'emploi dont nous avons cruellement besoin, comment elles pourraient financer bien mieux les créations d'entreprises nouvelles, la recherche de solutions technologiques aux défis environnementaux, etc.


Bien évidemment, l'idée même de nationalisation est, du point de vue dominant, notamment au sein de la gauche caviar, archaïque, ridicule, et portée par des gens qui rêvent de reconstruire en France l'URSS de Staline ou l'Albanie d'Enver Hoxha1... Il est certain que des universitaires, qui sont du fait même de leur fonction et de leur être social, particulièrement exposés aux pressions idéologiques, prendraient un risque terrible à soutenir une telle idée : ils attireraient sourires et sarcasmes de nombre de leurs collègues, seraient tournés en ridicule dans les colloques où ne s'expriment que les « gens sérieux » et pourraient même être un jour cloués au pilori par Libération ou tout autre organe de la gauche caviar. A moins que dans la tourmente actuelle, après avoir été dépassés sur leur gauche par Gordon Brown, ils le soient par un mouvement irrésistible porté par une crise sans précédent et qu'ils se mettent à la remorque d'une Histoire qui verra revenir en force l'Etat et l'intervention publique.

1Voir, par exemple, le point de vue de Danielle Bleitrach dans son article «Pourquoi la gauche française ne parle plus des nationalisations et se reserve les moeurs? » publié le 20 février 2008 sur le site Le Grand Soir (www.legrandsoir.info)

Par Yannick
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Mercredi 26 mars 2008
 

 

 

Dans un article publié le 25 mars 2008 par Le Monde.fr, Jean-Pierre Bel, Président du groupe soi-disant socialiste du Sénat estime qu'il est temps <<de réconcilier la gauche et le Sénat, de provoquer l'alternance et de conforter l'utilité d'une seconde chambre>>.


Ainsi, le seul défaut du Sénat résiderait dans le fait qu'il n'offre pas aux politiciens <<socialistes>> une juste part du gâteau (il est vrai que le restaurant du Sénat est très réputé, et que nos sénateurs, toutes tendances confondues, sont experts en la matière, ce qui est à mes yeux de gastronome leur seule véritable qualité...)


L'Histoire nous apprend que le Sénat, héritier de la Chambre des Pairs de la Restauration, a été créé par les lois constitutionnelles de la IIIè République, dans le but de recevoir une majorité monarchiste. Si cette tentative réactionnaire a échoué, son caractère anti-démocratique ne s'est jamais démenti, ni dans le mode de désignation de ses membres, ni dans ses prises de positions (il a provoqué la chute du gouvernement de Front Populaire, et a toujours été clairement à droite. Sans lui, et la trahison de nombreux <<socialistes>, le traité de Lisbonne qui reprend l'essentiel du TCE rejetté par le peuple, n'aurait pas pu être ratifé sans référendum ).


L'actuel mode d'élection des sénateurs, en assurant une majorité à la droite quelque soit le vote du peuple, est scandaleux. Cependant, à quoi nous servirait une assemblée dont les membres serait un peu plus représentatif des seuls élus locaux? Comment accepter le maintien d'un système qui relève de la cooptation au sein de la caste des politiciens professionnels? Comment accepter que des personnalités dont le peuple ne veut plus comme députés soient élues sénateurs par leur copains?


La démocratie suppose au minimum une élection au suffrage universel direct! Pour cela, l'Assemblée Nationale nous suffit!


L'Etat bourgeois est surendetté, pour le plus grand profit des financiers qui acquièrent ses titres d'emprunt et perçoivent une rémunération élévée, la charge de la dette étant devenue un des principaux postes de dépense. Pour désendetter l'Etat, au lieu de supprimer de nombreux postes de fonctionnaires, mieux vaudrait supprimer tout simplement cette institution inutile, anti-démocratique et qui satisfait si bien le goût de notre bourgeoisie pour les situations de rente.


Pour l'avenir de notre pays, mieux vaut payer des enseignants et des chercheurs qu'engraisser des sénateurs, même socialistes!

Par Yannick
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