Dans un article du Monde daté du 29 avril 2008, Jean Pisani-Ferry rejoint la cohorte des économistes « hortodoxes » qui souhaitent que la France se dote de règle rigides, qui pourraient être constitutionnelles, pour disposer d'un code de responsabilité budgétaire et de procédures incitant à son respect.
Il regrette que l'importance de l'endettement de l'Etat, résultant des déficits cumulés y compris en période de croissance économique, interdise aujourd'hui de pratiquer une politique de relance budgétaire propre à limiter l'ampleur de la récession qui nous suite à la crise des subprimes.
Ce discours, classique chez les observateurs bien pensants, repose sur l'idée que les gouvernants des vingt dernières années auraient fait preuve d'incompétence et de laxisme, du fait d'une préférence pour la dépense et d'une allergie à l'impôt.
Peut-on sérieusement penser que la classe dominante aurait laissé pendant si longtemps la direction de la 6ème puissance économique mondiale aux mains d'incapables? Cela paraît peu sérieux.
J. Pisani-Ferry se singularise toutefois en remarquant que la France présente « la caractéristique des pays obsédés par les conflits de répartition. » Il s'approche ainsi d'une analyse plus réaliste de la réalité de l'utilité de l'endettement de l'Etat. La bourgeoisie libérale est hostile à l'action publique dans de nombreux secteurs économiques et sociaux, et les politiques libérales visent à privatiser un maximum d'entreprises ou de services publics utiles au plus grand nombre de nos concitoyens, et donc d'une utilité relative faible pour une classe sociale très minoritaire et qui possède les moyens financiers de compenser les carences des services publics par le recours au secteur privé marchand. Cependant, parmi les dépenses qu'elle ne souhaite par voir diminuer en France, on trouve la charge de la dette de l'Etat. Celui-ci est en effet un excellent emprunteur pour quiconque, riche particulier ou entreprise, souhaite effectuer des placements rentables dépourvus de risques. L'endettement permet de procéder à un transfert d'une partie du revenu national. Celui se fait des contribuables vers les bénéficiaires de la rente financière. Les premiers sont, pour l'essentiel, des travailleurs : il suffit de voir le poids prépondérant de la TVA (ainsi que d'autre impôts déconnectés des revenus : TIPP, impôts locaux,...) pour constater que notre système fiscal redistribue des plus modestes, qui paient la TVA sur la totalité de leur revenu, vers ceux dont la plus grande partie des revenus, qui est épargnée, échappe à l'impôt sur la consommation.
En France, les gouvernants, n'en déplaise à J. P-F., ne sont pas allergiques aux impôts qu'ils ont augmenté ces dernières décennies. Ils évitent de parler de la nécessité de financer la totalité des dépenses publiques par l'impôt de peur que, compte-tenu de traditions démocratiques nationales, la pression en faveur d'une augmentation des impôts pesant sur les plus riches et sur le capital soit posée avec beaucoup plus de vigueur. Ils préfèrent laisser filer les déficits pour ensuite présenter leurs choix politiques comme une fatalité inéluctable (« les caisses sont vides ») ou une exigence de Bruxelles, alors même que celle-ci découle de traités qu'ils ont eux-mêmes voulus et approuvés.
En réalité, impôt, déficit et endettement sont devenus, en France, des instruments d'exploitation du monde du travail qui satisfont pleinement le goût de notre bourgeoisie pour la rente financière.
La gauche français a tort de ne pas suffisamment intervenir sur les questions fiscales :
il faut dénoncer clairement le poids trop lourd des impôts pesant sur le monde du travail, dont les victimes sont clairement conscient mais qui n'a pas d'expression politique à gauche, ce qui a favoriser la dérive droitière d'une partie de l'électorat populaire;
il faut dénoncer beaucoup plus clairement la fraude fiscale :son importance équivaut à celle du déficit budgétaire : sans fraude, plus de problème budgétaire; hors, celle-ci est essentiellement le fait des particuliers les plus riches et des entreprises moyennes ou grandes, et la construction libérale de l'Europe l'a nettement favorisé (voir le scandale du Lichtenstein);
il faut exiger une fiscalité beaucoup plus reditributive : il serait juste de fixer démocratiquement l'écart maximum de revenu tolérable dans une démocratie, par exemple de un à dix, ce qui est à la fois considérable et très inférieur à l'énorme écart actuel;
il faut exiger une contribution nettement plus importante des entreprises, basée sur le capital et non sur le travail;
pour tout cela, il est impératif de modifier totalement les traités européens, pour interdire les paradis fiscaux internes et les liens avec ceux situés hors de l'U.E., harmoniser les fiscalités par le haut en commençant, par exemple, par la création d'un impôt européen sur la fortune : nos revendications doivent faire mettre en avant l'incontournable complémentarité des actions aux plans national et européen.
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