Lundi 14 avril 2008
Dans notre série <<ce qui ne va pas à gauche de la gauche>>, voici un extrait d'un article de Paul Boccara publié sur le site internet de l'Humanité:

<<C’est pourquoi les communistes proposent deux ensembles de transformations à croiser :
1) Une action politique pour un autre crédit favorisant la croissance et l’emploi. Il s’agirait de taux d’intérêt réduits pour les investissements réels, d’autant plus bas, jusqu’à zéro, que sont programmés de bons emplois. Et au contraire des taux relevés pour les placements financiers, la spéculation, les exportations de capitaux.
2) Ces transformations doivent se faire à tous les niveaux. Immédiatement, depuis les localités et les régions, avec des Fonds régionaux pour des fonds publics prenant en charge les intérêts. On a tenté de le faire, à la demande des élus communistes ,dans la Région Ile de France notamment, mais sous la pression de l’idéologie dominante, cela se réduit, pour le moment, à des aides aux entreprises sans exigences sociales rigoureuses.
Au niveau national, la création d’un pôle financier public à partir de la Caisse des Dépôts, des Caisses d’épargne, etc.
Au niveau européen, le contrôle politique et une autre mission de la Banque Centrale Européenne pour un autre refinancement des banques. Au niveau mondial : une refondation du Fonds Monétaire International (FMI) et la création d’une monnaie commune mondiale pour refinancer les Banques centrales sous conditions sociales, en s’émancipant du dollar et de la domination des capitaux financiers. Un embryon de monnaie commune existe déjà avec les Droits de Tirages Spéciaux du FMI, titres créés donnant droit à tirer une certaine quantité de monnaies des différentes Banques Centrales.>>

Les propositions de Paul Boccara soulèvent de nombreuses difficultés dans leur hésitation à trancher entre réformes vouées à l'inefficacité et revendications révolutionnaires.

Une action politique pour un autre crédit favorisant la croissance et l’emploi: voilà une formule floue (certains diraient nouvelle langue de bois) qui peut permettre n'importe quelle interprétation. P.Boccara parle de taux réduits pour les investissements réels : ceux fait par les capitalistes n'ont rien de d'irréels ou de surnaturels! Les banquiers privés n'auraient aucun mal à faire semblant de respecter ce principe. Surtout, il ne dit rien sur la façon dont les banques seraient contraintes de moduler les taux selon ses propositions : il est évident que jamais des banques privées aux actionnaires avides n'accepteront de jouer le jeu, et on peut compter sur leur habilité professionnelle pour contourner d'éventuelles réglementations. Celles-ci supposeraient d'ailleurs la mise en place d'une véritable police financière, bureaucratique et qui n'aurait jamais les moyens de rivaliser avec les services des groupes bancaires transnationaux.

Comment pourrait-on commencer par des actions locales ou régionales quand il faut changer un système bancaire organisé au plan international?P.Boccara reconnaît l'échec de sa proposition de Fonds Régional, qui a conduit dans la réalité à faire comme toujours des cadeaux aux entreprises privées (et donc surtout à leurs actionnaires) avec l'argent public. Ce serait la faute de l'idéologie dominante : et oui, la lutte des classes existe encore et les propositions qui en font fi sont vouées à l'échec! Il faut cesser de proposer des mesurettes de ce type, qui se transforment bien vite en illusions déçues.

Au niveau européen, P. Boccara ne parle que de la Banque Centrale. Celle-ci a pour seul pouvoir de contrôler le rythme et le volume de la création monétaire. Même démocratisée, il lui serait impossible de refuser de refinancer des banques qui ne respecterait pas les critères définis par les propositions du PCF. En effet, une banque centrale ne peut jamais prendre la responsabilité de provoquer des faillites bancaires : l'actualité récente nous a d'ailleurs rappelé que dans le système capitaliste, les banquiers centraux sont très dépendants des banques commerciales, dont ils doivent assurer la survie à n'importe quel prix.

En réalité, le contrôle de l'utilisation du crédit ne peut se faire que de l'intérieur des banques. Il faut en confier la direction à des équipes qui soient clairement en charge d'une mission de service public, selon des orientations définies par les élus du peuple. Cela suppose donc une propriété publique des banques. Celles-ci viennent d'être sauvées par les interventions massives de la Banque Centrale Européenne, sans laquelle elles ne vaudraient plus rien : nous avons donc le droit de dire qu'elles appartiennent désormais à l'Union Européenne, et qu'elles doivent être transformées en un service public de financement de l'économie, organisé aux plans européens, national et éventuellement régional

Le gouvernement britannique a donné l'exemple en nationalisant la banque Northern Rock : allons-nous nous laisser doubler sur notre gauche par les travaillistes britanniques?

Les nationalisations de 1981-82 ont échoué car les banques publiques ont été gérées comme des établissements privés, sans mettre en oeuvre une politique nouvelle de crédits. On comprend  aussi que les anciens ministres de la gauche plurielle, qui ont contribué à une politique de privatisations, soient mal à l'aise avec le sujet d'une nationalisation-européanisationdes banques. Celle-ci présenterait cependant de nombreux avantages, pour peu que le monde du travail lutte pour exiger que le crédit soit mis à son service à la manière proposée par P. Boccara. De plus, des banques publiques n'interviendraient plus sur les marchés spéculatifs du type de ceux des produits dérivés ou autres, évitant ainsi le risque d'une crise comme celle que nous connaissons aujourd'hui. Elles seraient de précieux auxiliaires du fisc, pour lutter contre la fraude fiscale (en France,selon la Cour des Comptes, son montant équivaut à celui du déficit du budget de l'Etat ). Elles aideraient également la Justice à lutter efficacement contre l'argent sale qui représente une menace grandissante.


Au plan mondial, l'idée d'une monnaie mondiale est certes un objectif séduisant. Cependant, il faut être bien conscient de l'enjeu que représente pour les Etats-Unis le statut actuel du dollar. Depuis plusieurs décennies, il permet à ce pays de se développer (selon les critères capitalistes) en s'endettant toujours plus auprès du reste du monde, du fait du déficit chronique de la balance des paiements courants. Cette situation peut perdurer tant que les Etat-Unis remboursent leurs dettes en créant du dollar, et bénéficie ainsi d'une rente prélevée sur le reste du monde. Si ce privilège leur est retiré, leur économie s'effondrera. L'émancipation à l'égard du dollar que P. Boccara appelle de ses voeux ne se fera donc pas sans une lutte particulièrement violente contre l'impérialisme américain! Il serait grave de laisser se développer des illusions à ce sujet : une Europe nouvelle se heurtera nécessairement à cet impérialisme et il faut se préparer à ce combat, y compris, pour les organisations qui en ont les moyens, en travaillant avec les citoyens des USA hostiles à la politique de leur classe dominante.


DANS UN PREMIER TEMPS, 
UN RESEAU BANCAIRE EUROPEEN PUBLIC EST LA SOLUTION CREDIBLE ET EFFICACE A LA CRISE DE LA FINANCE CAPITALISTE : IL FAUT FAIRE MONTER CETTE EXIGENCE DANS LE DEBAT PUBLIC ET DANS LES LUTTES !

Par Yannick - Publié dans : propositions d'actions - Communauté : les anti-capitalistes
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